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Par : rwenyuza
Publié : 22 septembre 2014

TÉMOIGNAGE #14 : Nadine Bazombanza

JE ME SOUVIENS DU GENOCIDE HUTU DE 1972 AU BURUNDI

Je m’appelle Nadine BAZOMBANZA, je suis l’épouse française de Patrice BAZOMBANZA disparu le 19 mai 1972 à Bujumbura. Il travaillait à la Métalusa, et moi-même à la Hatton Cookson . Nous avions été attaqués le 29 avril vers 19 h 30 sur le boulevard qui conduit à la cathédrale par des gens armés de machettes, de grenades, et de pierres qui ne parlaient pas le swahili, ni le kirundi. Nous nous rendions au mess des officiers où une soirée était organisée avec la présence du Président Micombero à 21 h et mon mari étant le chef de l’orchestre national « sinzoguheba » , avait été contacté quelques jours auparavant par deux officiers qu’il ne connaissait pas, pour animer cette soirée. Il partait en avance avec un autre du groupe, pour installer les instruments de musique. Je conduisais la voiture car je devais revenir ensuite chez moi me préparer pour assister à cette soirée. Ces gens armés nous ont arrêtés mais il parait qu’ils avaient ordre de ne pas toucher aux blancs, donc celui de mon côté a marqué un temps d’arrêt en me voyant pendant que d’autres avaient déjà cassé les vitres et tapaient sur la voiture du côté de mon mari . Il s’est avéré par la suite qu’ils avaient beaucoup bu et été drogués et c’est la raison pour laquelle ils ont désobéis aux ordres et attaqués avant l’heure dite. Nous avons dû la vie à cette hésitation qui m’a permis de démarrer en trombe. Le lendemain mon mari est allé voir ce qui se passait en ville et là il a vu énormément de gens blessés, mais il a su aussi que des gens avaient été massacrés sur ce boulevard. Les jours suivants, mon mari et moi avons constaté chaque matin en arrivant au travail que du personnel manquait , disparu, de plus en plus chaque jour et on ne les revoyait plus. Nous avions un ami qui habitait sur la route de l’aéroport et la nuit il voyait passer des camions remplis de cadavres qu’ils allaient déverser dans d’immenses fosses communes sur des terrains près de l’aéroport. Mon mari avait été convoqué une fois à la prison « pimba ? » pour témoigner de l’attaque dont nous avions été victimes le 29 avril ( après notre attaque, mon mari ignorant ce qui se passait réellement, nous avait emmenés au Commissariat pour déclarer ce fait) et le militaire qui était devant le commissariat lui a dit de rentrer chez nous , car il se passait des évènements dangereux. Ce que nous avons fait. Quand mon mari est allé à la prison, il a vu un spectacle d’horreur, inimaginable, partout des gens encore vivants gisaient sur le sol, en plein soleil, massacrés, certains avaient des lances, coupe-coupe, etc passés à travers le corps. Ceux là qui étaient ensuite achevés à coups de marteau sans doute. J’ai vu mon mari pleurer comme un enfant, malade, de ce qu’il venait de voir.

Mais le vendredi 19 mai, des officiers de la PJ sont arrivés le matin à la Métalusa et ont demandé à voir deux ouvriers qui étaient en déplacement à l’aéroport. Ne trouvant pas le responsable du personnel , (alors qu’il était arrivé un moment plus tôt avec mon mari, celui-là même qui était dans la voiture quand nous avions été attaqués) , il a été demandé à mon mari de les accompagner, il est donc parti en toute confiance avec eux et il n’est jamais revenu. Prévenue rapidement par un de ses collègues européen, mon patron a pris les choses en main et appelé l’ambassadeur de France, pour me mettre sous sa protection, mais il était déjà trop tard pour mon mari. J’ai refusé l’évidence pendant deux mois, pensant comme me l’avait dit un procureur infame qui avait essayé de prendre ma voiture pour son frère, que mon mari était en prison, sans raison pour moi.

Dans la semaine qui a suivi, une belle sœur est arrivée chez moi, elle habitait le quartier près « du Belge » et son mari avait été emmené lui aussi – puis ce fut le beau-frère qui habitait à Kisozi qui a subi le même sort – ensuite un matin très tôt, l’épouse du demi-frère de mon mari est arrivée chez moi avec ses 5 enfants, dont le dernier avait quelques semaines, son mari avait été fusillé durant la nuit dans la caserne avec tous les autres militaires hutus et les femmes et enfants avaient été mis dehors , sans rien.

Puis, en fin de semaine, c’est ma belle sœur qui était institutrice à Bururi, qui est arrivée chez moi sous la protection de l’Evêque Bernard Bududira, elles étaient 6 jeunes institutrices là-bas et des militaires, profitant de l’absence de leur chef et de l’Evêque, sont arrivés à l’école où ils ont violé et massacré ses 5 collègues et amies. Elle les avait vu arriver et alors qu’elle se sauvait, une religieuse l’a enfermée dans une armoire jusqu’au retour du chef et de l’Evêque

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