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Par : rwenyuza
Publié : 22 septembre 2014

TÉMOIGNAGE #02 : Abdon Nzeyimana

Bref résumé

Abdon Nzeyimana est Citoyen Canadien originaire du Burundi. Il vit maintenant dans la ville de Laval au Québec. Son père Ntamirukiro, bourgmestre de la commune Mpanda en 1965, Province Bubanza, a été tué en 1972 après avoir été convoquée à se rendre à la commune par Aster Musaganya, le conseiller de sa colline. Il sera obligé de monter dans une camionnette après avoir été dépouillé de tous ses magasins, propriétés, et autres biens matériels

Le drame commence en 1965.

Mon père Ntamirukiro est alors bourgmestre (administrateur) de la commune Mpanda. Accusé injustement d’avoir incité la population de Rugazi à aller bruler des maisons des Batutsi dans la province de Muramvya à Busangana. Considéré comme UMUMENJA(le traite), il est emprisonné et torturé jusqu’à ce qu’on lui coupe une oreille ainsi que les tendons de ses jambes.

Entre temps, tous ses biens, notamment, ses 40 vaches ont été confisquées soi-disant pour aller pour aller les mettre ensemble avec les vaches du Roi. On nous spolie également les deux camionnettes que mon père possédait ; une Peugeot 404 et un camion MERCURY communément appelée NGERINGERI au Burundi de l’époque. Au même moment, un certain Musaganya Aster, un Tutsi, qui travaillait pour mon père comme magasinier confisque notre dépôt de bières en vidant tout un magasin plein de quelques 100 casiers remplis de bouteilles de Primus et plus de 70.000 francs qu’il avait dans la caisse.

Sorti de la prison en 1971, il fut tué parmi les premières victimes de la folie meurtrière qui débute à partir du 29 avril 1972. C’est ce même Musaganya Aster, qui était devenu Conseiller ou chef de notre colline qui s’occupa de le livrer aux bourreaux. Voici comment le tout va se dérouler.

Au commencement des massacres à la fin d’avril 1972, Musaganya chef de colline, invite tout le monde à aller faire une vigile (kurara kw’irondo). Mon père s’y rend avec sa radio. Le lendemain, Musaganya Aster envoi une lettre par un certain Sinankwa un voisin d’à coté, invitant mon père à se présenter à la commune. Rendu à la commune on le dépouille d’abord de sa radio, sa montre et de son costume avant de le forcer à monter dans la camionnette. Il n’en est plus revenu. Le surlendemain, il a envoyé ses troupes pour prendre les deux frères de mon père, Ntarataze Augustin et Barabara Berchmans. Ces derniers aussi ne reviendront plus.

Par la suite, il ordonne qu’on aille lui amener leurs trois enfants déjà adultes dont Masabarakiza Simon, Ngirinama Benoît et Bahuwimbuye. Les trois rendus à la zone Nyagatobe à muzinda, Monsieur Musaganya leur a dit ceci : « kumbure mwigure amahera n’ayo ahandi ho murapfuye none ko mwebwe mutazi politike » (vous n’avez d’autre choix que celui de payer votre libération sinon vous allez tous mourir ! Vous êtes encore trop jeunes pour comprendre comment fonctionne la politique). Ma mère fut obligée de payer 3000 francs à ce même monsieur. Soit 1000 francs par personne. C’est ainsi qu’ils ont été sauvés.

Afin de sauver le reste de la petite famille, nous avons été obligés d’aller nous réfugier à Bujumbura. Plus précisément à Kinama où mon père avait acheté une autre parcelle. Là encore, Musaganya nous y poursuivra pour forcer ma mère à aller vendre, par force, la propriété familiale avec des menaces qu’il allait la prendre gratuitement si elle n’acceptait pas le peu de sous qu’il avait lui-même fixé.

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