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Nous sommes le 29 Avril 1972.  

À midi, la Radio Nationale du Burundi annonce le Décret présidentiel No.501/69 du 29/4/1972. « Les membres du Gouvernement, les membres des cabinets ministériels ainsi que le Secrétaire national exécutif du parti, sont relevés de leurs fonctions. Les Directeurs généraux des Ministères assureront les affaires courantes en attendant la mise en place d’un nouveau gouvernement. Celui-ci sera nommé le 14 Juillet 1972, après le massacre de plus de 300 000 hutus.

 

Le soir, la même la Radio Nationale du Burundi annonce l’arrestation suivie par l’extradition au Burundi de Ntare V, dernier roi du Burundi et fils du Mwami Mwambutsa Bangiricenge alors en exil en Suisse. Pris de court, les Barundi sont loin d’imaginer que le plan d’extermination des Hutu déjà dénoncé par le Ministre Hutu Martin Ndayahoze est en marche.

 

Les media de l’État dénoncent tour à tour l’arrestation du jeune Mwami déchu à la tête d’assaillants royalistes prêts à renverser le nouveau régime républicain dirigé pour le Capitaine Michel Micombero pour rétablir la monarchie; l’invasion du pays par des hordes de rebelles épaulés par les Mulelistes du Zaire, actuel République Démocratique du Congo ; des citoyens corrompus ayant touchés des sommes faramineuses pour trahir leur patrie et la plonger dans les affres d’une guerre tribale.

 

Ces annonces faites par les médias publics sur un ton martial plongent le pays dans un climat de peur, de suspicion, de psychose et de délation. Ainsi, tous les Hutu propriétaires de biens meubles et/ou immeubles sont pointés du doigt, accusés d’avoir perçu de l’argent de l’étranger comme rançon pour leur trahison. L’effet immédiat de ce système de lavage de cerveau fut de faire croire à la population que les personnes arrêtées allaient répondre de leurs actes de trahison devant les tribunaux et que ceux qui parviendraient à prouver leur innocence seraient aussitôt libérées. En réalité, seuls le Hutu étaient arrêtés et étaient tous sommairement exécutés, sans dossier ni procès.

 

Les auteurs de ces forfaits sont bel et bien connus dans la mouvance Tutsi-Hima et nombreux sont encore vivants. Les victimes sont également connues non seulement par leurs familles respectives, mais également par le reste de la population. Mais les témoins oculaires encore vivants de cette tragédie disparaissent l’un après l’autre, emportés par le temps, ce monstre sacré qui n’épargne ni les hommes ni les idées. Avec l’essor des media sociaux, il est plus qu’urgent de recueillir leurs témoignages afin de rétablir la vérité sur cette page sombre de l’histoire récente du Burundi.

 

Ces massacres de Hutus sont en réalité une continuité d’un genocide bien planifie et commence bien avant 1972.   Il convient ainsi de rappeler ici la série macabres de massacres à répétition perpétrés par les différents régimes à dominance Tutsi-Hima (Micombero Michel , Bagaza Jean Baptiste, Buyoya Pierre )  qui se sont succédé au pouvoir entre 1961 et 1993 et dont les principales épisodes  sont les suivantes :

Le massacre des syndalistes de Kamenge en 1961,
L’assassinat de Mgr Gabriel Gihimbare en 1964,
L’assassinat du Premier Ministres Pierre Ngendandumwe le 15 janvier 1965,
Les massacres subséquents à la crise politique de 1965 ;
Les massacres qui ont suivi le faux complot de 1969,
Le génocide sélectif de 1972 qui s’est poursuivi jusqu’en 1973,
Les massacres de Ntega et Marangara,
Les massacres qui ont suivi l’assassinat de Melchior Ndadaye, Premier Président du Burundi démocratiquement élu en 1973.

 

Le langage conventionnel a retenu que le génocide Hutu du Burundi a eu lieu en 1972. En réalité, Raffles et exécutions sommaires se sont poursuivis en 1973 selon le même modus operandi. Ainsi, une année après l’annonce officielle de la fin des opérations de « pacification du pays », étudiants, enseignants, petits et grands commerçants, catéchistes et paysans aisés à peine lettrés ayant survécu en 1972 étaient encore arrêtés sur l’ensemble du territoire par l’armée nationale épaulée par la très tristement célèbre JRR (Jeunesse Révolutionnire Rwagasore), une milice armée affiliée au parti État UPRONA.

 

Ainsi, tous les témoignages des survivants et victimes du génocide de 1972 mettent en évidence le fait que le gouvernement du Capitaine Michel Micombero a exterminé une partie de la population du Burundi, en l’occurrence les Hutus. Leur seul crime était d’être nés Hutu. Toutes les victimes ont en commun le fait d’avoir été: 

Exécutés sans jugement, après avoir subi tortures et humiliations ;
Jetés dans des fosses communes, éparpillées sur l’ensemble du territoire du Burundi.

 

Tous les survivants de ce génocide contre le Hutu du Burundi en 1972 ont en commun la douleur et le traumatisme de n’avoir pas pu enterrer leurs morts, sauvagement assassinés. Il leur était interdit de les pleurer, de vivre leur deuil ou même de mentionner leurs noms.

 

Le gouvernement Micombero, son armée et son parti unique UPRONA considéraient les Hutus comme des abamenja, des ibimwenyi (=régicides). Ainsi, pour tenter d’effacer les traces de ce génocide, ce même gouvernement a décidé de construire sur les sites des fosses communes de 1972, de nouvelles infrastructures, dont les plus connues sont l’extension de l’aéroport international de Bujumbura et les bâtiments abritant l’Institut de Recherches Agronomiques et Zootechniques (IRAZ) de la Communauté Économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL), à Gitega, province de Gitega.

 

Tous les survivants de ce génocide contre les Hutu du Burundi en 1972 ont en commun d’avoir aussi été spoliés de leurs biens matériels et financiers: commerces, maisons, voitures, meubles, propriétés foncières, etc...La liste est longue.

Certains survivants de ce génocide ont été protégés ou secourus par des amis, des voisins ou des membres de leurs familles tutsies. D’autres moins chanceux ont dû prendre le chemin de l’exil dans des conditions particulièrement difficiles, privés de leurs droits humains les plus élémentaires, et du moindre accès aux services sociaux de base pendant plusieurs années, voire des décennies.

 

La barbarie de ces assassinats ciblés des Hutus n’a paradoxalement pas été condamnée par la Communauté internationale. C’est le moment de saluer ici la mémoire de feux Gaston Eskens, alors Premier Ministre du Royaume de Belgique, qui n’a pas hésité à parler de génocide. Des journaux internationaux ont également publiés plusieurs articles sur l’une ou l’autre épisode de ces massacres mais un vibrant hommage revient à Céline Cossette qui a publié un article

Riche de détails sur le plan du génocide commis par le groupe des Tutsi-Hima intitulé «  Comment secourir les Hutus du Burundi encore vivants.

 

Aujourd’hui, c’est au tour des survivants de ce génocide de briser le silence, de se souvenir de la tragédie qu’ils ont vécu en 1972 et 1973, de rappeler à la communauté internationale que le régime Micombero a perpétré un génocide contre une partie de sa population en 1972  et d’exiger la reconnaissance de cet acte de barbarie innommable au même titre que l’holocauste, le génocide arménien et le génocide au Rwanda en 1994.

 

C’est un devoir de mémoire et ce débat tombe à point nommé au moment où le régime de Bujumbura a mis sur pieds et appuie les travaux d’une Commission vérité et réconciliation au Burundi (CVR), dans un pays qui depuis 1961 a été le théâtre de massacres répétitifs à caractère ethnique.

 

C’est un devoir de mémoire pour rappeler au monde entier qu’il y a bien eu génocide des Hutus sur l’ensemble du territoire du Burundi pendant plus d’une année, à partir du 29 avril 1972, avec une moyenne de 3000 morts par jour au plus fort du génocide, surtout dans la capitale Bujumbura et les centres urbains du pays.

 

Rétablir la vérité sur ce passé douloureux est enfin un devoir de mémoire pour exorciser le traumatisme causé par le mépris de l’autre, le mensonge, l’humiliation, la délation, l’escroquerie et la mort; pour éviter les mêmes erreurs ne se répètent dans l’avenir et surtout pour que le génocide soit banni à jamais de l’histoire du Burundi et que chacun puisse scander avec conviction : « PLUS JAMAIS CA » AGAPFUYE NTIKABAZWA IVU GUSA.

LE GÉNOCIDE: